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02.07.2008

Dernier sursis pour les journaux "hors la loi"

Après une brève suspension de ces titres et d’âpres négociations avec les éditeurs, le Conseil national de la presse (CNP) a donné 45 jours aux mauvais élèves pour se mettre en règle.


Branle-bas général dans les rangs des journaux privés ivoiriens illégalement créés. Le 2 juin dernier, le Conseil national de la presse (CNP), l’organe public de régulation, les a d’abord interdits de parution avant de leur accorder, après des négociations avec les éditeurs, un moratoire de 45 jours à compter du 11 juin. Sans attendre la date fatidique du 26 juillet prochain, une vingtaine d'entre eux ont déjà en partie régularisé leur situation en se conformant à quelques-unes des dispositions de la loi sur la presse.
Selon ce texte, voté en 2004 par le Parlement ivoirien, pour créer un organe de presse, il faut au préalable avoir une entreprise dotée d’un capital minimum de 5 millions de Fcfa (7 622 €), s’engager à déclarer dans un délai de six mois les employés à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), payer les journalistes sur la base de la Convention collective, etc. "Nous avons déjà versé les 5 millions et d’ici quelques jours nous remettrons à nos agents leur numéro de déclaration à la CNPS", assure Coulibaly Sounkalo, gérant du quotidien Le Patriote. Même situation à l’hebdomadaire Notre Vision car "on ne veut plus être suspendu ; c’est dur à supporter", affirme Serge Wahi, secrétaire de rédaction.

Assainir le secteur
Jusqu’au 2 juin 2008, 32 journaux sur les 73 du pays n’étaient pas en règle, selon le CNP. Parmi eux, figurent Le Patriote, Abidjan Planète, Notre Vision, Sport et culture, Le National Plus, etc., qui continuent de fonctionner sur la base de la loi abrogée du 31 décembre 1991. D'après ce texte, il suffisait pour créer un journal d'adresser une simple demande d’autorisation au procureur de la République. Les stations de radio, dont l’installation est autorisée par le Conseil national de la communication audiovisuelle, sont, elles, soumises à des conditions plus rigoureuses.
À la faveur de l’ancien texte, les journaux privés, suscités ou non par des hommes politiques, animés par des non-professionnels, s’étaient multipliés dans le pays. Férus de propagande politique et spécialistes des incitations à la haine et à la xénophobie, certains ont contribué à exacerber les tensions socio-politiques, qui ont débouché en septembre 2002 sur la partition du pays en deux, après le coup d’État manqué des Forces nouvelles, ex-rebelles. Sans grande assise financière, ils ne payaient guère leurs employés. Et pourtant, la Convention collective, adoptée depuis 1979 et actuellement révisée, fixe le salaire mensuel minimum du journaliste stagiaire à 180 000 Fcfa (274 €) et celui du journaliste confirmé à 215 000 Fcfa (environ 328 €), l’objectif étant de mettre les professionnels davantage à l’abri du besoin et des risques de corruption, source de violations répétées de la déontologie. Pour contribuer à l’assainissement du secteur des médias, le Parlement ivoirien avait voté, il y a près de quatre ans, une nouvelle loi. "Le Conseil s’est donné le temps pour informer les organes de presse sur le contenu de la loi et la nécessité pour eux de s’y conformer. Après trois ans et demi de sensibilisation, le temps est arrivé de réprimer", justifie Eugène Dié Kakou, président du CNP.

Une mesure préventive
À quelques jours de l’échéance du 2 juin, le CNP a transmis la liste des titres identifiés au procureur de la République qui, à son tour, a averti les imprimeurs et Edipresse, société de diffusion. Le lendemain et pendant une semaine, les journaux incriminés ont été absents des kiosques.
En fait, commente-t-on au sein de la profession des journalistes, si le CNP se montre à présent plus ferme, c’est aussi "pour limiter les dérives et éviter que des titres se créent juste dans le cadre des élections générales du 30 novembre prochain". Ce qui pourrait mettre en difficulté le processus de sortie de crise en cours, la plupart des organes existants étant par ailleurs toujours contrôlés par les partis politiques […]

(Source Le Messager)

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