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10.07.2008
Des jeunes se liguent contre la crise alimentaire
En Côte d’Ivoire, on doit pouvoir manger à sa faim!". Face à la menace de crise alimentaire dans leur pays, quelque 2.000 jeunes Ivoiriens ont récemment décidé de "retourner à la terre" pour relever le défi de l’autosuffisance.
"Malgré les ressources naturelles encore importantes et le savoir-faire de millions de paysans, la Côte d’Ivoire demeure fortement dépendante de l’extérieur pour son alimentation", déplorent certains de ces jeunes qui ont reçu le 1er juillet à Gagnoa (sud-ouest) des semences et de l’engrais pour cultiver du riz sur des terres inexploitées.
Objectif: relancer la production de cet aliment de base en Côte d’Ivoire, dont le prix a augmenté de plus de 50% ces derniers mois.
En 2007, la Côte d’Ivoire a dû débourser aussi 152 milliards de FCFA (232 millions d’euros) pour combler le déficit entre la consommation nationale (1,5 million de tonnes) et la production (750.000 tonnes).
"La non-implication de la jeunesse et le manque de volonté politique a conduit à rendre la Côte d’Ivoire et sa population vulnérables", estime Apollinaire Kouttou, un agriculteur de Gagnoa, région natale du président Laurent Gbagbo autrefois considérée comme le "grenier à riz" du pays.
La jeunesse doit "agir maintenant pour éviter une prochaine crise aux conséquences plus dramatiques", ajoute Apollinaire en référence aux violentes manifestations contre la hausse des prix qui ont eu lieu fin mars-début avril à Abidjan.
Pour Mme Sacko Diomandé, responsable des femmes agricultrices de Côte d’Ivoire, "l’Etat s’est lancé dans l’importation du riz en arguant que cela lui revenait moins cher et faisait rentrer de l’argent dans ses caisses".
Conséquence, selon elle, "le riz importé livre une concurrence déloyale au riz local".
"La population ivoirienne est majoritairement jeune (60 à 70%), nous avons des terres avec de bonnes conditions climatiques, pourquoi sommes-nous confrontés à une crise alimentaire?", s’interroge Charles Blé Goudé, responsable d’un mouvement de "jeunes patriotes" proche du président Gbagbo.
"Le pays était autosuffisant en riz dans les années 1970", rappelle M. Blé Goudé, à l’origine de la distribution de semences à Gagnoa, et qui espère l’étendre en Côte d’Ivoire dans le cadre de son projet "10.000 jeunes agriculteurs".
L’idée est d’inciter ces jeunes à cultiver des terres inexploitées, avec à terme un partage de la récolte ou des revenus avec les propriétaires.
"Ce projet est bienvenu car nous constatons avec tristesse l’abandon de la culture vivrière au profit des produits d’exportation" (café, cacao, hévéa, palmier à huile), affirme Jean-Claude Za Bi Dogbo, instituteur à Groguha, un petit village situé à quelques kilomètres de Gagnoa.
Jean-Claude cultive déjà sur un hectare des parcelles d’igname et de riz "pour nourrir (sa) famille et faire face à la +vie chère+".
Norbert Kangha, un cadre du village, se montre optimiste: "il suffit de promouvoir les exemples qui ont réussi pour susciter l’engouement des jeunes".
Le gouvernement a annoncé de son côté le 19 mai l’aménagement de 39.000 hectares de terres inexploitées, afin de produire 200.000 tonnes de riz supplémentaires en 2008 et d’atteindre l’autosuffisance en 2011.
(Source AFP)
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