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13.07.2008
L’extension du port suscite l’inquiétude sur l’île Boulay
Le projet d’extension du Port autonome d’Abidjan (PAA), le plus important d’Afrique de l’Ouest, sur l’île Boulay, suscite l’angoisse des habitants de ce bout de terre sauvage et touristique, inquiets pour leur avenir et leur dédommagement.
"On ne peut pas s’opposer au développement de la Côte d’Ivoire mais au moins il faut qu’on nous montre où aller et comment nous serons indemnisés", déclare Benoît Brown Kamenan, responsable de l’"Eden City", un petit complexe hôtelier implanté sur l’île Boulay.
Car cette île de 2.000 hectares, où vivent plus de 10.000 habitants répartis dans 13 villages, a été choisie par les autorités ivoiriennes pour abriter le futur terminal du PAA, capable d’accueillir des navires de 4.000 conteneurs.
Située au milieu de la lagune Ebrié, sur les rives de laquelle s’étale Abidjan, l’île doit être reliée à la capitale économique ivoirienne par un immense pont "Laurent Gbagbo" du nom de l’actuel chef de l’Etat.
C’est d’ailleurs M. Gbagbo qui a posé le 11 juin la première pierre de ce chantier pharaonique qui doit permettre à Abidjan de renforcer sa position de plate-forme régionale par laquelle transite le fret destiné aux pays de l’intérieur, comme le Mali et le Burkina Faso.
D’un coût de 100 milliards FCFA (152 millions d’euros), ce projet sera réalisé par la société de droit ivoirien African Port, dirigée par l’architecte franco-ivoirien Pierre Fakhoury. La livraison du terminal et du pont est prévue en mars 2012. Mais selon M. Kamenan, "les personnes concernées directement par l’extension du PAA n’ont pas été consultées". "Le président est venu ici trois fois. Il m’a dit: Brown, je vais te déplacer, mais je vais t’indemniser", raconte-t-il.
Se sentant menacées, ces populations sont aujourd’hui regroupées en plusieurs associations pour "défendre leurs intérêts", ajoute M. Kamenan. Même stratégie à Yopougon-Azito, un quartier d’Abidjan, où des habitants se sont réunis en association car leurs maisons devraient disparaître au profit de l’autoroute qui desservira l’île Boulay.
"Depuis 2003, les agents du BNEDT (Bureau national d’étude et de développement technique, public) nous ont recensés et ont même fait une expertise immobilière", explique le président de cette association, Emmanuel Beyra. Le BNEDT, partenaire technique du projet, "a promis de nous verser un montant qui correspond à une année de caution pour chaque locataire et la valeur de la maison pour le propriétaire", ajoute-t-il.
"Mais depuis, plus rien. Nous sommes là et il n’y a plus de nouvelles", regrette M. Beyra. Interrogé par l’AFP, l’expert du BNEDT chargé des déplacements de population, Marc Gbélé, impute ces griefs à une "mauvaise compréhension" de l’opération. "Depuis 1998, pour les grands projets, on ne commence jamais les travaux tant que les populations ne sont pas recasées et dédommagées", clame M. Gbélé. "Le moment venu, on ira vers eux".
Une version reprise par le PAA, dont un cadre évoque sous couvert de l’anonymat "la mauvaise foi" des opérateurs économiques et riverains de la petite île.
"Ce n’est pas nous qui nous occupons du +déguerpissement+ ou du +recasement+ des populations. Le maître d’ouvrage de l’opération, c’est l’Etat à travers le ministère des Infrastructures qui a désigné un opérateur privé", a souligné cette source.
En attendant le début effectif des travaux, certains des habitants en sursis, comme le pasteur Adrien Yao, espère qu’on ne viendra pas annoncer leur départ "la veille".
(Source AFP)
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